La tâche, l’aplat, l’empreinte, la couche, le pigment, la couleur, Lucas Talbotier use du vocabulaire pictural jusqu’à épuisement. Son intérêt premier pour la matière additionne les différentes surfaces comme pour la travailler jusqu’au bout. Évacuant la mesure, la parcimonie, et d’une certaine manière l’équilibre, la relation boulimique de l’artiste au médium évoque presque un rapport de force, de pourvoir.

Au champ lexical de la peinture, s’ajoute en effet celui de la lutte. Dans ce geste primaire, chaque surface vient annuler la précédente dans une boucle sans fin. Image, après image, après image jusqu’à ce que la peinture ne puisse plus, que la matière refuse ou que l’artiste abdique.

Bien sûr, dans ce tête à tête acharné, la matière l’emporte sur la forme. Si le geste s’opère dans l’immédiateté, la répétition voire l’obsession à éliminer chaque apparition, inscrit le travail dans une routine qui vise finalement à objectiver le tableau, à le faire matière avant tout. Pourtant, si cette endurance est le signe d’un essoufflement dans la peinture – tout aurait-il déjà été fait ? - elle est aussi le résultat d’une « forme » physique en quête de toujours plus de possibilités.

2018, Eliza Rigoulet